Réaction au 1er tour des présidentielles

Texte initialement paru dans Libération le 24 avril 2017

Je suis déçu, oui. D’abord du score de Hamon, catastrophiquement bas. Cela me fait mal au cœur. Et puis j’aurais préféré que ce soit Mélenchon face à Le Pen, cela aurait au moins permis de mettre cartes sur table. Là, on reporte seulement de cinq ans le combat avec le Front national. J’ai la certitude que Macron va l’emporter, mais cela ne m’empêche pas d’avoir du chagrin. A ce rythme, dans cinq ans, le FN l’emporte.

J’ai la rage de voir de plus en plus de Français voter FN, comme s’ils jouaient au loto : parce qu’ils sont désabusés de tout, parce qu’ils ont l’impression, en votant FN, de tenter quelque chose, même s’ils savent que cela ne mènera nulle part. Je suis pressé d’en découdre. Ça fait trente ans que je vois mes parents terrorisés à chaque élection, la main sur leur valise. J’en ai marre. J’ai envie de dire aux Français : chiche. Vous voulez le FN ? Eh bien, allez-y et assumez.

J’avais envie du combat frontal, pour en finir une bonne fois pour toutes. Avec Macron-Le Pen, ce combat est à nouveau reporté. Macron, c’est une espèce d’eau tiède. On peut y mettre les pieds sans souffrance, mais elle ne chauffe pas assez le corps quand on est vraiment animé par les valeurs de gauche. Bien sûr que je voterai pour lui au second tour. Mais il est temps que ce pays réponde à cette question fondamentale que posait cette élection : Français, quelle société voulez-vous pour demain ? Voulez-vous d’une France blanche, catholique et éternelle comme le propose Marine Le Pen ? Ou d’une France moderne, multiculturelle et généreuse ?

Quand on est fils d’Algériens, le Front national, cela veut dire quelque chose. On voit les embarcadères et les bateaux prêts à partir. C’est une peur infusée depuis l’enfance. Que vous ayez la nationalité française ne change rien. Dans la rue, vous restez toujours un Algérien. Vous n’êtes pas français dans le regard de l’autre. Nos grands-parents ont casqué, nos parents ont casqué, et nos mômes casquent encore. Ils ressentent une exclusion. Pour combien de temps ? Au bout d’un siècle de présence en France, la société doit assumer et décider.

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