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Qu’on appelait Idir

S’il est vrai que dans la vie on part à la recherche de références pour établir sa propre carte identitaire, rarement chez moi l’homme politique a servi à bâtir un ADN potable, équilibré, intime. Par contre, c’est chez les artistes que j’ai ciselé en moi une personne que je pouvais reconnaître, qui semblait être au plus proche, à égale distance des tares et des reflets parfois plus nobles de sa personne.

Quand on est artiste un temps soit peu lucide, c’est souvent qu’on minimise l’impact de nos œuvres dans l’existence des autres. On dit – c’est que des mots, que des notes, ça passe comme une saison et on retourne aux vicissitudes, à l’effroi de la page blanche. On n’ose croire qu’on influe sur des choix, des décisions inattendues, qu’on provoque chez autrui des fulgurances, des virages pris à 180 degrés, qu’on bouleverse et déroute. Bref, tout un catalogue d’émotions qui, à trop y croire, nous feraient perdre pied à nous artistes. Idir a été de ceux-là.

Moi, longtemps je me savais kabyle, fils de parents algériens qui ne faisaient pas l’apologie de leur appartenance à quelconque minorité de surcroit oppressée. Longtemps, cet état m’a laissé quelconque, étais-je déjà trop français ? Et puis un jour, la révélation !

« A vava inouva » s’est engouffré dans mes oreilles. D’abord ça a été un son, une musique (folk) moderne et des mélopées orientales, déjà une universalité sonore voyait le jour et m’a instantanément rempli comme un verre vide, rempli d’une saveur ancestrale, une fragrance de vérité, le dessein d’un troisième pays que je savais pas nommer, une île imaginaire au milieu de la mer méditerranée sans doute. Et j’ai trouvé ma terre d’asile, un espace qui acceptait ma multitude. Un album, un seul et j’ai été poussé, mu par l’envie de savoir qui j’étais. La kabylité m’est soudain apparue comme essentielle, comme une composante de mon âme, elle rééquilibrait le gaulois qui longtemps s’était cru seul et claudiquait sans son autre moitié. Un album et j’ai compris que je devais aller à la recherche de moi-même. Un album et la fierté s’est mue en un fil d’Ariane qui tente encore aujourd’hui le rapprochement de deux peuples, deux identités somme toutes souffrantes. Grâce toi Idir, je deviens moi, est-ce peu ?

Repose en paix frère, où tu voudras mais repose-toi.

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