Désormais les reubeus disent « naâdine » et rajoutent « mook », ça fait donc « naâdinemook » (une insulte).

Elle s’appelle Nadine comme on s’appelait Gilbert ou Jean-Jacques il y a quelques temps de ça, des prénoms qu’on ne donnerait plus au plus chéri des nouveaux nés. C’est ainsi, ils sont passés de mode, éculés, caduques comme un short de l’équipe de France dans son creux des années seventies, comme un slip australien, une banane autour de la taille. Finish, et même à jamais. Séché comme une figue le « Nadine ». « Il est mort mon prénom » aurait hurlé Nicoletta.

Qu’est-ce qu’elle a fait Nadine ? Ou plutôt qu’est-ce qu’elle a dit qui a tué « Nadine » ? Qu’elle était blanche ! Ok. Moi je vais avoir du mal avec son nuancier nauséabond. Désormais, plus personne n’en voudra de ce prénom. C’est con ! Moi j’en ai connu d’adorables qui partageaient leur goûter de jambon bayonnais et nous montraient la voie du triangle non isocèle.

Elles nous intégraient à leur façon et nous aimaient indifféremment qu’on s’appelle Youssouf, Abdellah ou Philippe. Des Nadine, Chantal ou Colette j’en ai connu, elles ont fait de moi le petit français fier de sa montagne Pyrénées, elles m’ont fait amoureux des « lettres de mon moulin », m’ont soudé à l’idée laïque, au fait universel. Comme dirait l’autre de la bise à la base.

C’est ainsi, il est des modes qui s’en reviennent d’on ne sait où, on dit alors « vintage », et d’autres dont l’issue est fatale. Morts les prénoms et même pas pour la France. Le nouveau « Nadine » est à bout de souffle même les machines à laver s’éreintent tambour battant. Rien n’y fait, la blancheur d’origine s’est envolée comme la mémoire du côté d’Alzheimer. Ce prénom a perdu de sa valeur refuge. Trop bas de gamme pour récupérer la texture aussi laineuse soit-elle, trop effiloché pour plaire, trop glauque à la revente.

Il est désormais trop rigide ou trop flasque. Ni chamarré ni blanc. Ni assez racé pour la brocante et pas l’ombre d’un possible rapiéçage. Il s’est figé seul sans que d’autres prénoms aient l’envie d’y tendre une main secourable.

– Non, t’es trop.

– Trop quoi ? On sait plus, on a juste envie d’y dire t’es trop, ouais t’es trop courte. Et les prénoms se fâchent et se referment.

Mais ce « Nadine » là ne s’en laisse pas compter, il veut survivre aux aléas, aux usures, il veut se survivre à lui-même, seul contre tous, il veut s’imposer à n’importe quel prix. Il est vissé à la tonsure comme un pou. Contre vents et marées, il veut sauver ses lettres qui n’ont rien des noblesses d’antan.

Moi j’aimais bien ce prénom de fille d’ouvrier car, oui, Nadine est un prénom de pauvre et j’aime le pauvre parce qu’il se sait vaincu. Je l’aime même quand parfois il commet son forfait en tentant le hold-up à quelques particules vieillissantes. Désormais, il est un vampire qui défie dans sa nuit toute l’éternité, il provoque la nature en duel, défie le temps qui passe, la varicelle et ébola, il est le prédateur de la lumière. Je l’aimais ce prénom de mon enfance, ce prénom du peuple, un prénom de la peine et du devoir car sa patate est à l’eau et il cherche pas midi à quatorze heures. Il veut juste exister pour lui-même et c’est le coude à coude pour ne pas mourir.

C’est ça, ne pas mourir car d’autres prénoms se serrent les coudes pour étouffer ceux d’avant. Ils ferment le banc car ils sont dégueulasses de croire qu’ils sont le renouveau.

Le renouveau jusqu’à ce qu’on leur rappelle qu’ils s’usent à leur tour au profit d’autres prénoms qu’ont traversé la mer pour venir s’incruster dans la dalle aux prénoms morts eux pour une France qui ne dit pas son nom.

Moi, je m’appelle Magyd et c’est pareil, mon prénom est caduque, il a épuisé ses ressources mais il accepte, lui, l’apparition des autres et même il encourage et crie place aux prénoms jeunes aussi éberlués soient ils. Il cherche pas à se survivre à tout prix, il est qu’un prénom heureux de s’accoquiner à tous les mots nouveaux.

Je parlais de « Nadine » que les autres m’excusent.

À lire prochainement,

« Nadine à la dérive »

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