Après tous les hommages et nos corps en suspens, qu’avons-nous solutionné ? Je doute, sauf de mon âme endolorie. Qu’avons-nous retenu de choses à retenir ? Rien de fondamental à mes yeux.

Rien qui ait pris le risque d’une république cosmopolite, qui n’aurait été (au fond) qu’un axe vers la modernité car ce mélange dont on vous rebat les oreilles n’est pas qu’une posture d’idéalistes repus, il est simplement l’armature du monde de demain. Mais rien ne vient, rien qui secoue l’intérieur du linceul à trois couleurs, rien qui face front au Front et la nique à Daesh. Du répressif oui, sans doute inévitable. Du législatif, du technique et des vœux pieux mais rien qui perturbe le socle millénaire et judéo-chrétien de notre chère France.

Je les entends de tous bords parler du vivre ensemble judéo-chrétien, de la déchéance aux binationaux, du black blanc beurs de beaux quartiers, de la mixité des étages supérieurs, bref un ripolinage esthétique. Les chirurgiens de la société font sous eux et n’osent plus se défroquer de peur de voir la tâche incrustée dans la plus intime partie. Plutôt qu’un nettoyage de fond en comble on change le vêtement et la maladie perdure.

Alors c’est vrai, c’est vrai j’ai rêvé le deuil de ce qu’on appelle « La France éternelle ». Non que je la renie mais j’enrage d’une « France nouvelle ». Dans mon petit coin de Toulouse, j’attends qu’elle chrysalide, qu’elle se transforme du tout au tout, qu’elle se regarde au fond des yeux et qu’elle pose la question de son identité, je devrais dire de sa multiplicité.

J’aurai aimé la remise en cause du « mythe » au profit des réalités d’aujourd’hui, en vérité de la seule idée qui vaille, l’universel au dépens d’un hexagone rabougri, aux pissenlits bouffés par le front national. Les vieux d’ici disent …
– pauvre France !
Alors certes Marianne, certes le drapeau, la Marseillaise, le bonnet phrygien, les monuments, la fille ainée de l’église, mais ne sont-ils déjà acquis ? Je vous concède tout mais n’y manque t-il pas à ce tableau un quelque chose de demain et d’humain ? Quel symbole qui parle aux générations à venir ? Quelle image ? Quelle iconographie pour nos chères petites têtes pas blondes. Dans quel signe de la nation pourraient-elles s’identifier ? Pour l’instant peanuts ou presque.

Je pose mille questions. Après l’analyse, le bilan et les pleurs, par où commencer ? Quelle loi ? Quel décret pour éradiquer la bêtise ? Quel remède contre la peur et la parano. Quel antidote contre la petite misère de tous les jours. Quel solution contre la terreur légitime qui nous saisit un peu plus et quel vaccin contre le mal imaginaire ? Je suis pas sûr d’avoir entendu une quelconque amorce d’idée forte. Je ne suis sûr que du dégout de m’entendre dire que je suis français alors qu’on ne le dit pas à celui qui l’est. Fatigué d’entendre dire « ils sont français », peut-être parce qu’on l’est pas ou pas tant que ça ou parfois trop. Fatigué de chercher la proportion qui ferait l’évidence. Fatigué d’être appelé « mon frère » par les « miens », d’être « l’ami des autres ». D’être celui à qui on dit « toi, c’est pas pareil ».

Fatigué d’être musulman alors que je suis athée, fatigué d’être athée parce que je suis musulman malgré tout, fatigué d’être celui qui s’intègre au lieu d’être celui qui réussit, d’incarner le cobaye, le prototype qui ferait la jointure. Fatigué un jour de nier la république parce qu’elle est absente tout autour de moi, fatigué d’en faire l’apologie en ne recevant rien en retour. Fatigué de dire « les miens » qui sont pas tant les « miens », fatigues des pronoms personnels, des « nôtres », des « eux », des « vous » et des « nous » à géométrie variable. Fatigué un jour d’être beur, l’autre blanc et même le citoyen du monde qui palpite encore en moi me plie en deux. Fatigué de contester des principes que j’ai porté au nues la veille, d’être le traitre à la cause ou le Hérault des bienveillants au pouvoir. Fatigué de porter les deux antinomies qui m’habitent. De faire des synthèse qui ne parlent qu’à moi, de chercher le doux équilibre qui fonde l’humanité. Fatigué enfin de chercher une évidence qui me saute pourtant aux yeux.

Je suis français envers et contre moi. Cette évidence qui devient au fil du temps l’inaccessible étoile.

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