Journée du sida, Journée de l’amour

Les garçons se prennent pour des hommes parce que tous petits on leur dit qu’il faut qu’ils le soient. On leur dit qu’il faut qu’ils en aient. Qu’il faut avoir et en avoir, moi ça me donne des envies d’en être dépossédé. Ça me donne des envies de ne pas avoir et de ne pas en avoir. Oui, ça me donne envie d’être « elle », marre d’être prévisible, marre qu’on attende de moi que je sois un chef, un mec, un homme. J’ai envie, comme dit la chanson, « d’une bague, un collier ». Qu’un ami m’apporte à mon anniversaire un bouquet de fleurs. J’ai envie d’être à l’envers. Mais pour autant comme dit la chanson « j’veux du cuir » et une paire de crampons. Rien n’est limpide dans le vivant.

J’ai pas envie d’être simple comme une brute de western. J’ai pas envie qu’on sache qui je suis dès qu’on m’a vu. J’ai la tête c’est vrai d’un Kurde des montagnes et ça m’emmerde. Pourquoi ? Parce qu’on m’imagine viril et c’est pas ma vérité. Il me manque ce féminin, ce complément de moi.
Oui ! Je la sens la femme qui en moi s’éveille et dit : – N’aies pas peur !
Quant aux femmes, elles veulent avant tout être des femmes. Toutes petites, on les prépare à n’être qu’elles au lieu d’être elles avec un peu de lui…
Moi je dis que les filles ont un garçon dans la tête et les garçons ont une fille dans la peau, c’est pas pareil. Je dis que dans l’une y’a l’un et réciproquement.

Dans chaque homme une femme est cachée et le plus bel homme est celui qui montre ce secret. Ce secret c’est cette fille en lui qui se tait. Sa grandeur c’est de la faire parler.
Dans chaque femme se cache un homme qui lui ne sait pas se taire mais elle apprend à le bâillonner un peu … Peut-être pour rétablir un peu d’elle. En quelque sorte, elle recrée un équilibre du sens et des sens. Un équilibre de lui en elle. Moi j’aime ces hommes qui trouvent leur propre opposé et assument le tout en un seul corps loyal et digne. J’aime ces femmes qu’ont de l’homme c’est ce qui les fait vraiment femme.
Je dirai universelles, osons.

En définitive qu’avons-nous aujourd’hui ? On se retrouve avec l’une qui dit « je suis » et le gars qui dit « j’ai » . C’est pas le même projet. Deux auxiliaires au service de rien ou de la normalité hétéro, cette étroitesse de l’esprit. Deux auxiliaires qui ne se confondent pas. Moi je m’aime avec la fille qui est en moi et j’aime celle qui fait parler celui qui vit en elle. Oui, il faut être et avoir en un seul corps et aimer quiconque est deux. Bref, pour s’aimer soyons au moins quatre et qu’importe alors celui du masculin ou du féminin qui l’emporte. Et qu’importe ce mal de l’intérieur qui empêche d’être soi.

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