Catégories
Coin littérature Papiers

Ces arts, César

Cours Foresti !

On regarde les humoristes et on s’imagine qu’ils sont ça, des gens qui font rire. On les pense légers, superficiels, gras parfois, dépolitisés souvent. On se dit que leur fonction les tire vers le consensus.

Rire, vous pensez s’il est bon ne pas naviguer dans des voies trop anxiogènes, trop étroites. Car, et j’en sais quelque chose, ça ne va pas ensemble rire et penser, c’est une alchimie qui nécessite une maîtrise de soi en même temps qu’une inclinaison de la borne à dépasser (sinon d’où proviendrait le rire s’il n’appuie pas là où ça fait mal). Faire rire c’est être funambule sous la fournaise. Rire et penser n’est pas donné au premier sniper venu. C’est peser et lâcher prise en même temps, c’est de l’horlogerie suisse. Rire ne va avec rien d’autre que rire, c’est ce que trop de cons croient.

Et pourtant l’autre soir j’ai ri et pensé. C’était la soirée des César, un régal, un pur délice car je ne l’attendais pas, la Florence, dans cet harmonieux registre d’humour ciselé au scalpel et de colère retenue par des chevaux qui n’attendaient qu’à prendre la poudre d’escampette. Car oui elle a fait rire et grincer des dents dans une synchro rare.

La Foresti, je la connaissais potache, génialement potache, je ne la savais pas acérée, colère militante de la cause féministe. Me suis dit : « merde ! elle en a ! quoi ? » Des couilles. Je parle bien sûr pas des testicules, mais de choses que n’ont pas les hommes…

Et j’ai pensé : en avoir, est-ce la moindre des qualités ? Non ! C’est un attribut rare, chez l’artiste en particulier qui trop souvent ménage sa monture pour cavaler dans des zones qui lui seraient hospitalières. Qu’elle ait eu raison ou tort de dégommer Polanski, elle s’est jetée volontaire dans la planche qu’elle savait savonnée. S’est jetée pour défendre une chose qui lui tenait à cœur, l’honneur des femmes. Oui l’honneur des femmes, cette cause impérieuse et impériale qui vaut qu’on meure pour elle.

Sublime Foresti, elle s’est peut-être grillée au nom d’une idée plus haute que la quête éperdue de la gloire qui lui était toute acquise. Pourtant, elle n’avait qu’à tendre les bras pour être couverte d’or si tenté qu’elle ne le fût pas déjà. Les obstacles n’étaient pas insurmontables pour élever sa couronne déjà haut perchée. C’eut pu être une autoroute, un boulevard enguirlandé d’étoiles, un tremplin pour une postérité pas dégueu devant un parterre acquis a priori à sa cause.

Et ben non, elle a tourné le dos à l’envol, à la flamboyance facile, elle a fait « fuck » au mirifique, c’était génial. Et comme c’est beau que de vouloir sauver son âme, comme c’est beau de tenir à quelques principes qui font pas les lauriers de la gloire mais vous tiennent debout et c’est la position qu’elle s’est choisie, être debout. Comment le lui reprocher.

Il y a quelques temps de ça, je chantais « un homme ça meurt debout ». Comme un écho du fond des âges, elle n’a fait que compléter cette jubilation des désespérés « une femme ça meurt debout ».

Comme c’était beau cette tranquillité toute en ferveur, cette force quasi-Mitterrandienne, cette assurance en ses convictions. Brassens chantait « mourir pour des idées » : ce n’est qu’une hyperbole mais elle fait de vous une ancre qui empêche l’arche des hommes de dériver.

Ce soir-là, c’est ce qu’elle a fait. Désormais qui peut croire que les femmes n’en ont pas ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.