Oh mon église Saint-Sernin, brassée d’anticyclones moins lointains que ceux des Açores. C’est dimanche et soufflent autour de la bâtisse des vents salutaires et chauds, des courants d’airs à vous brunir la peau. À l’intérieur, c’est le blizzard de la mort, le ton est grave. À l’extérieur, des cris stridents vous brisent le tympan. Ma Babel se colore d’un d’un arc-en-ciel de langues anciennement soumises aux républiques à étages. À l’intérieur, une langue morte loue les louanges d’un barbu.

Dehors, un tas d’accents s’enroulent autour de chaque pierre et font de ce chef d’œuvre comme un abri du monde. Et ça raille et ça hurle, y faut vider les stocks comme on soulage sa conscience d’un méchant méfait.

On est dimanche et c’est le jour où s’embrassent inélégamment la vertu et le vice. C’est le jour du commerce et dans le même temps celui de la prière. Dehors ça gueule, à l’intérieur un doux murmure parle au ciel. Dehors on interpelle le chaland, dedans on se confie à l’au-delà. Dedans de petits noms bien de chez nous, Ernest, Antoine ou Jean. Dehors des blazes d’ouzbeks, des réfugiés pas climatiques pour un sou, ça veut des sous et ça se torche des soucis de dignité. Dedans des visages lisses et huileux et dehors des figures mastiquées à la baffe, au tison et au vent mauvais … Que sais-je ? Et partout la bâtisse fait son trait d’union. Misère au fond du cœur, misère au fond des poches … Fallait bien qu’une église soit proche.
C’est dimanche jour de marché, la pizza est napolitaine et la quiche je crois est certifiée hallal. Des monceaux de kebab ont détrôné le pain bagnat, la saucisse est bannie.

Des filles pré-pubères enroulées de foulards vantent des strings de chez made in Taïwan. On dirait mes cousines, on dirait mes voisines de la secte semoule. Le Ramadan pardonne qu’on tente le pécule au dessous de la taille. Autour de mon église, on y vend des pois chiches, du minestrone et même à qui veut la diarrhée. T’as la saveur et c’est au lit qu’un Game Over met le cœur à la bouche. Autour de mon église, le sacré fait son bouche-à-bouche avec le sacrilège. N’est-ce pas l’espoir de l’amour partagé ? C’est une sensation étrange que de voir les démons quand y côtoient les anges. Dehors, la foule est pauvre comme une république qu’a perdu son peuple. À l’intérieur le curé compte ses romains, pâles, chenus, peureux. La demeure est trop grande et la plainte si faible. Ils toussent une messe en latin, dehors personne est contre, sauf des sénégalais qui ont l’accent gascon et finissent leur phrase avec le fameux « cong », ils voudraient chanter en wolof. C’est mon église et la porte reste entrouverte au cas où des paumés de Tizi Ouzou auraient dans l’idée de prier ce dieu contre un appartement, un job qu’est pas dans le ciment, une carte d’identité.

Tous les punis sont là vous dis-je … Dedans comme en dehors de l’église, empêchés d’être riches et beaux, y seront que bavards. Sont là tous les dimanches et c’est pas pour la beauté de l’édifice … Ils sont là pour le bénéfice frère …

Y’a pas moyen cousin d’un dieu qui remplirait nos poches ?
Non … Je vous salue Marie pleine de traces de la saleté des enfants qui sont les vôtres. Dedans comme dehors, ils dealent pour un instant de répit ou l’éternité de bonheur. C’est combien le paradis seigneur ?

Pour les uns c’est :
– Pardonnez nous.
Pour les autres :
– Pardonne leur.
Pour moi :
– Pas de quartier seigneur, je ne crois qu’en l’homme.

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